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Sommeil et pleurs

Pleurs de décharge : accompagner les pleurs de bébé sans les faire taire

Nourri, changé, pas malade, et pourtant il pleure, souvent en fin de journée. L'idée des pleurs de décharge propose de regarder ces pleurs autrement : comme une façon d'évacuer les tensions, que l'on accompagne plutôt que de chercher à tout prix à les arrêter. Voici ce que recouvre cette approche, et ses limites.

Paru le 6 min de lecture

Chambre d'enfant au crépuscule, fauteuil à bascule près d'une fenêtre, lumière tamisée d'une lampe

Les pleurs de décharge désignent, dans l'approche de la psychologue Aletha Solter, des pleurs qui ne répondent pas à un besoin immédiat (faim, couche, froid) mais permettent à l'enfant d'évacuer le stress et les tensions accumulés. Cette approche propose, une fois les besoins vérifiés, de tenir l'enfant et de rester présent pendant qu'il pleure, plutôt que de multiplier les tentatives pour l'arrêter. Elle ne s'applique qu'à un bébé en bonne santé : des pleurs inhabituels ou inconsolables se montrent toujours à un médecin.

Ce guide fait partie du thème Sommeil et pleurs. Il présente une approche parmi d'autres, sans prétendre qu'elle convient à toutes les familles.

D'où vient l'idée

Aletha Solter, psychologue suisso-américaine formée auprès de Jean Piaget, a développé dans les années 1980 une approche de l'éducation qu'elle a appelée Aware Parenting. Elle l'a exposée dans plusieurs livres, traduits en français, dont l'un est consacré aux pleurs et aux colères des enfants. Selon elle, certains pleurs ont une fonction de libération : l'enfant y évacue des émotions liées à des expériences difficiles ou à une accumulation de stimulations.

Dans la même famille d'idées, l'Américaine Patty Wipfler, fondatrice de l'organisation Hand in Hand Parenting, a diffusé des textes sur l'écoute des pleurs, invitant les parents à écouter un enfant qui pleure sans chercher à le distraire. Ces approches ont été largement partagées par des réseaux de parents, des blogs et des associations depuis les années 2000.

Il faut préciser leur statut : ce sont des approches éducatives, fondées sur l'expérience clinique de leurs autrices et sur des observations. Elles n'ont pas le statut de recommandations médicales, et leurs explications sur la fonction des pleurs font l'objet de débats.

Ce que propose l'approche

D'abord, les besoins

Tout commence par une vérification. Un bébé qui pleure peut avoir faim, une couche sale, trop chaud ou trop froid, sommeil, besoin de contact, mal quelque part. On répond à ces besoins en premier. L'approche des pleurs de décharge ne concerne que les pleurs qui persistent une fois ces besoins satisfaits.

Ensuite, la présence

Si bébé continue de pleurer, l'approche propose de le tenir dans les bras, calmement, de le regarder, de lui parler doucement, sans forcément le bercer vigoureusement, lui proposer le sein ou une tétine, l'agiter ou multiplier les distractions. L'idée est de lui offrir un « contenant » sécurisant pendant qu'il pleure, plutôt que de chercher à faire cesser le pleur à tout prix.

Les pleurs du soir

Beaucoup de bébés pleurent davantage en fin de journée, sans cause évidente. Le pédiatre américain T. Berry Brazelton a décrit cette période de pleurs plus fréquents chez les nourrissons dans les premiers mois. L'approche des pleurs de décharge y voit souvent le moment où le bébé « vide son sac » d'une journée riche en stimulations.

Les limites et les critiques

Plusieurs professionnels de la petite enfance jugent l'approche intéressante pour aider les parents à ne pas paniquer face aux pleurs et à rester présents. D'autres rappellent que :

  • les explications sur la « décharge » de tensions ne sont pas démontrées scientifiquement ;
  • le risque existe de passer à côté d'un vrai besoin ou d'une douleur (reflux, otite, allergie, infection) en interprétant trop vite des pleurs comme « de décharge » ;
  • les parents peuvent se sentir coupables s'ils n'arrivent pas à rester calmes pendant de longs pleurs.

Ces critiques ne disqualifient pas l'approche, mais elles invitent à l'utiliser avec discernement.

Les pleurs, un langage qui change avec l'âge

Un nouveau-né n'a que les pleurs pour signaler ce qui ne va pas. Au fil des semaines, il ajoute d'autres signaux : il tourne la tête et ouvre la bouche quand il a faim, se frotte les yeux et détourne le regard quand il est fatigué, se raidit quand il est inconfortable. Beaucoup de parents apprennent à repérer ces signaux précoces et à répondre avant les pleurs, ce qui réduit certains épisodes.

Vers quelques mois, les pleurs deviennent souvent moins fréquents, et le bébé dispose d'autres moyens de communiquer : sourires, gazouillis, gestes. Les pleurs de fatigue en fin de journée peuvent persister plus longtemps chez certains enfants.

Plus tard, chez l'enfant qui parle, les mêmes autrices décrivent les colères et les crises de larmes comme des moments où l'enfant décharge une frustration. L'attitude proposée reste la même : rester présent, calme, poser des limites sur les gestes dangereux, sans chercher à faire cesser les larmes à tout prix.

Tenir un journal, pour soi et pour le médecin

Quand les pleurs inquiètent, noter pendant quelques jours les heures des pleurs, leur durée, les tétées, les selles et le sommeil aide souvent à y voir plus clair. Ce relevé simple est aussi très utile au médecin, s'il faut consulter : il montre ce qu'une consultation de quelques minutes ne permet pas de voir.

Quand il faut consulter

Les pleurs d'un bébé méritent un avis médical, sans attendre, dans ces situations :

  • des pleurs inhabituels par leur intensité, leur durée ou leur son (cri aigu, gémissement) ;
  • un bébé qui ne se calme jamais, même dans les bras ;
  • de la fièvre, surtout chez un bébé de moins de trois mois ;
  • un refus de manger, des vomissements répétés, une diarrhée, une perte de poids ;
  • un bébé très mou, somnolent, difficile à réveiller, ou au contraire très irritable ;
  • une gêne pour respirer, une couleur anormale de la peau.

En cas d'urgence, appelez le 15.

Le geste à ne jamais faire

Face à des pleurs qui durent, l'épuisement et l'énervement peuvent monter. On ne secoue jamais un bébé, même légèrement, même pour le calmer : le syndrome du bébé secoué provoque des lésions cérébrales graves. La Haute Autorité de santé et les campagnes de prévention le rappellent régulièrement.

Si vous sentez la colère ou le désespoir monter :

  1. couchez bébé dans son lit, sur le dos, en sécurité ;
  2. sortez de la pièce quelques minutes, respirez ;
  3. appelez quelqu'un : votre partenaire, un proche, un professionnel ;
  4. revenez quand vous êtes plus calme.

Un bébé qui pleure quelques minutes seul dans son lit, en sécurité, court beaucoup moins de risques qu'un bébé secoué.

D'autres façons d'apaiser

L'approche des pleurs de décharge n'est pas la seule. Beaucoup de parents apaisent leur bébé par le portage, le contact peau à peau, une promenade, un bain, un environnement calme et tamisé, le chant. Notre guide pour porter un nouveau-né explique comment le faire en sécurité. Chaque bébé réagit différemment, et ce qui marche un soir ne marche pas forcément le lendemain.

Prendre soin des parents

Les pleurs répétés usent. Partager les soirées entre adultes, accepter de l'aide, dormir dès que possible, en parler : tout cela compte. Les professionnels de la PMI, la sage-femme, le médecin traitant et certaines associations de parents peuvent aider. Pour l'organisation des nuits, notre guide du cododo détaille les règles de sécurité du couchage.

Vrai ou faux ?

Les pleurs de décharge : vrai ou faux ?

  1. L'approche propose de laisser bébé pleurer seul dans sa chambre.

    La réponse se trouve dans la partie Ce que propose l'approche

  2. On vérifie d'abord la faim, la couche, le froid ou le chaud, la fatigue.

    La réponse se trouve dans la partie Ce que propose l'approche

  3. La fonction de « décharge » des pleurs est démontrée scientifiquement.

    La réponse se trouve dans la partie Les limites et les critiques

  4. Fièvre chez un bébé de moins de trois mois : on consulte sans attendre.

    La réponse se trouve dans la partie Quand il faut consulter

  5. Quand on n'en peut plus, on pose bébé sur le dos dans son lit et on sort souffler.

    La réponse se trouve dans la partie Le geste à ne jamais faire

À lire ensuite : Apaiser en portant : porter un nouveau-né

On nous demande souvent

Laisser pleurer et accompagner les pleurs, est-ce la même chose ?

Non. Dans l'approche des pleurs de décharge, l'adulte reste avec l'enfant, le tient ou le touche, lui parle doucement. Laisser pleurer un bébé seul dans sa chambre est une autre pratique, que cette approche ne recommande pas.

Comment savoir si un pleur est un pleur de besoin ?

On vérifie d'abord la faim, la couche, le froid ou le chaud, la fatigue, l'envie de contact, une douleur éventuelle. Si un besoin est trouvé et satisfait, bébé se calme en général. Si rien ne l'apaise et que les pleurs vous inquiètent, consultez.

Que faire si je n'en peux plus pendant les pleurs ?

C'est fréquent et ça n'a rien de honteux. Posez bébé en sécurité dans son lit, sur le dos, sortez de la pièce quelques minutes pour souffler, appelez un proche. Ne secouez jamais un bébé. Si l'épuisement s'installe, parlez-en à un professionnel.

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